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Elsa Bugot, illustratrice
Elsa Bugot est tombée dans l’art lorsqu’elle était petite. Enfant d’artistes, elle est familière de peinture, de musique et de chant. Pourtant, lorsqu’il faut choisir entre une école d’arts ou de biologie, la seconde option paraît souvent plus sage dans l’imaginaire collectif. Après avoir fait cinq années d’études en sciences, le chemin de la biologie finit par retrouver celui de l’art, alliant la connaissance et la communication autour du vivant. Depuis le lancement de sa carrière d’illustratrice naturaliste, Elsa Bugot expose régulièrement ses réalisations, comme elle le fera lors de la 42e édition du Festival de Ménigoute.

ELSA BUGOT ©
Représenter le vivant
Déjà toute jeune, Elsa Bugot se souvient de l’importance de l’art dans sa vie. D’une mère peintre avec laquelle elle vit, et d’un père décorateur, musicien et circassien, les exemples d’artistes autour d’elle ne manquent pas. En parallèle, même si la maison est changeante avec plusieurs déménagements de Limoux à Narbonne, elle reste toujours proche de la campagne de l’Aude. Les promenades sont nombreuses avec la proximité des salines, des étangs de Leucate et de toute la végétation du littoral, de la Garrigue et du Maquis. Âgée d’une douzaine d’années, et fan absolue de la mer, elle vit une aventure naturaliste inoubliable. Alors que le compagnon de sa mère s’apprête à embarquer sur un bateau de mission de recensement des cétacés en Méditerranée, le skipper lui propose de venir en observation avec eux. C’est une chance inouïe de pouvoir rencontrer des dauphins pour la première fois, entourée de toute une équipe de naturalistes, et notamment du biologiste Michel Thévenot.
Par peur du manque de débouchés et de troquer son plaisir contre la contrainte, elle fait le choix de ne pas professionnaliser sa passion du dessin. De l’autre côté, la science l’intéresse et on lui promet que ce domaine ouvre des portes. Après un bac scientifique, une licence en biologie des organismes et un master en ingénierie de l'écologie à Montpellier, des premières expériences professionnelles se concrétisent.
La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) propose un service civique dans le secteur de la communication sur le Futur de l’Environnement Marin Atlantique (FAME). Le programme porte sur le suivi des oiseaux marins avec plusieurs volets. Elle questionne les pratiques de pêche professionnelles ainsi que les captures accidentelles et collabore avec les centres de soins. Sa mission consiste alors à représenter les spécificités des oiseaux marins et leurs fascinantes adaptations à leurs environnements. Avec ce rôle, la biologiste renoue avec l’artiste. C’est un véritable tournant et une prise de conscience de cette possible double casquette professionnelle. Déjà au lycée, lors des sorties sur le terrain, elle excellait et avait les notes maximales lorsqu’il fallait réaliser des dessins descriptifs.

MUSTÉLIDÉS D’EUROPE © ELSA BUGOT
Essayer et réessayer
À partir de ce déclic en 2014, l’artiste lance sa carrière d’illustratrice autodidacte. Elle sait qu’il faut passer par des circonvolutions et que ce sera un apprentissage constant. Bien qu’elle ait des capacités en dessin, elle ne croit pas au don ou au talent, mais à l’envie d’essayer et de réessayer pour s’améliorer. Des erreurs, il en faut, et elle se souvient des remarques de sa mère qui l’a toujours encouragée à persévérer.
C’est le moment de découvrir différentes techniques de dessin. Mine graphite, fusain, pastel, gouache, acrylique… Pour sa luminosité, sa transparence mais aussi ses pigments éclatants, l’artiste revient toujours à l’aquarelle. Néanmoins, elle apprend à ne pas rester figée dans l’utilisation d’un seul médium. Pourquoi ne pas utiliser des feutres à alcool comme base et des crayons aquarellables pour les détails ? Peu à peu, elle s’autorise à mélanger les techniques dans un même dessin, piochant ce qui l’intéresse dans chacune d’elles.
C’est en participant à de nombreuses expositions, salons et festivals, que l’illustratrice se nourrit d’échanges avec le public, mais aussi de rencontres avec d’autres artistes. Quelqu’un lui propose d’essayer l’huile ? Ça ne lui dit rien. La tendance est au collage ? Elle n’en a pas envie. Un ami lui recommande une résidence d’artiste ? Pourquoi pas ! Il y a des idées à prendre, et aussi à laisser, mais pour savoir vers quoi aller il faut cultiver une attention et une curiosité. C’est grâce à ce réseau, et notamment à une recommandation de Dominique Rautureau lors du dernier Festival de Ménigoute, qu’elle candidate à la résidence de création et de médiation d’artistes de la Communauté de Communes Océan Marais de Monts. L’intérêt est de pouvoir s’immerger dans différents milieux, d’animer des ateliers d’initiation à l’art naturaliste et de transmettre sa passion à des publics curieux.

BROCHET COMMUN © ELSA BUGOT
Un temps de création à soi
Être artiste, c’est aussi avoir et prendre soin de sa “chambre à soi” autant que possible - comme le suggère l’autrice Virginia Woolf. S’octroyer des pauses, sans forcément avancer sur des projets ni culpabiliser, sont des moments tout aussi enrichissants. Avoir des temps plus libres et longs pour cultiver son imaginaire permet de continuer d’expérimenter et nourrir cette passion.
« Faire du dessin naturaliste, c'est prendre avant tout le temps d'observer. Quand je suis dehors, mon regard change et entre dans une phase de contemplation. J’analyse les ombres et comment les volumes se posent. C’est essentiel de se reconnecter au terrain et ça fait un bien fou. »
L’observation du réel est une clef indispensable pour comprendre la connexion étroite entre l’espèce animale ou végétale et leurs milieux.
« Une chose que je considère indissociable dans ma pratique, c’est à la fois la connaissance des espèces et de leurs milieux. Même si je dessine un gros plan sur un animal, j’ai son environnement en tête pour pouvoir représenter le mouvement, l’ambiance, la lumière ou la composition. Quand je dessine un lézard ocellé, je vois les milieux ouverts et les endroits où il doit pouvoir se mettre à l’abri même si je ne les représente pas. »

LÉZARD OCELLÉ © ELSA BUGOT
Son FIFO
En tant qu’artiste ou festivalière, Elsa Bugot est une fidèle du Festival de Ménigoute. Arrivée en Charente-Maritime en 2012, elle découvre rapidement l’événement et y revient chaque année. En 2017, elle y participe pour la première fois en tant qu’exposante au Salon d’art animalier. En 2022, elle y remporte le Prix Coup de Crayons de la région Nouvelle-Aquitaine avec son Silure. « Le Festival de Ménigoute est un lieu de rencontres, une source d'inspiration et un rendez-vous devenu incontournable. J’ai le souvenir de venir à une édition avec ma fille, née à peine quelques semaines avant le festival. C’est un lieu où on se sent bien et on peut facilement être en famille. Quand j'expose toute la semaine, je rencontre ou partage toujours de bons moments avec les autres artistes, comme Meuchtilde que je retrouve à cette édition. J’ai pu faire de nombreuses belles rencontres comme Nicole Doray-Soulard, Catherine Chaillou, Benoît Perrotin, Jean Chevallier, Serge Nicole et tant d’autres. Cette ambiance conviviale me donne envie de revenir chaque année. »
Ses recommandations
Elsa Bugot recommande le travail de John Howe, illustrateur notamment connu pour son univers autour de Tolkien, pour son regard sur le monde, les formes, les matières et les imaginaires qui ont nourri sa propre approche du dessin.
Aussi, les aventures naturalistes illustrées et musicales Sève et Dune, de l’autrice Arzhella, et du dessinateur Rekuya. Une œuvre destinée à un public jeunesse, mais pas seulement. « Leur univers mêle douceur, poésie et justesse naturaliste, ce qui manque souvent à mon sens dans les albums jeunesse. »
Son actualité
En ce moment, Elsa Bugot travaille sur des travaux de commande de particuliers et des illustrations de Chiroptères. Récemment, elle a participé à la revue Sciences et Avenirs dans le numéro hors série d’avril-juin 2026. L’illustratrice a été récemment l’invitée du Festiv’Arts d’Arros-de-Nay les 24 et 25 mai. Début juin, elle sera en résidence d’artistes sur l’Ile d’Yeu, puis fin septembre à Saint-Hilaire-de-Riez.
Elsa Bugot exposera au Salon d’art animalier du 42e Festival de Ménigoute du 27 octobre au 1er novembre 2026. Elle espère pouvoir montrer ses toutes nouvelles planches sur les papillons Morpho, où l’aspect scientifique prend toute sa place jusque dans leur nanostructure iridescente.
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