PRÉSENTATION DU JURY 2020

 

THIERRY THOMAS PRÉSIDENT DU 36ème FESTIVAL

Thierry Thomas, président du 36e Festival de Ménigoute

Réalisateur de documentaires animaliers et chef opérateur pendant une trentaine d'années, et parallèlement enseignant à l'Iffcam, l'École de cinéma animalier de Ménigoute, Thierry Thomas présidera le jury du prochain FIFO. Rencontre.

• Vous êtes impliqué dans le Festival de Ménigoute depuis ses débuts. Comment s'est nouée cette longue collaboration ?
Je participais en tant que biologiste à un programme de recherche au sein du CNRS de Chizé et je rentrais d'un hivernage en Terre Adélie. Dominique Brouard, le fondateur du Festival de Ménigoute, a pris contact avec notre équipe pour avoir l'appui de spécialistes sur les traductions des films présentés à la première édition du FIFO, en 1985. Or, j'avais réalisé deux films durant ce séjour en Antarctique, dont Le paradoxe des empereurs. Je les ai présentés au troisième FIFO, ainsi que quelques autres durant les quinze années suivantes.

• Comment s'est déroulé votre parcours ?
Je distinguerais trois grandes phases sur une trentaine d'années de cinéma animalier. Pendant une dizaine d'années, j'ai fait des films scientifiques institutionnels pour des chercheurs, mais à vocation grand public, avec une grande rigueur scientifique. Parmi eux, L'île aux flamants. Puis des chaînes de télévision ont commencé à s'intéresser au documentaire animalier, en particulier Canal+ et dans une moindre mesure France 5, qui achetait aussi des films à petit budget. Nous étions alors très peu nombreux dans le métier, et nous avons bénéficié à plein de cette nouvelle ouverture. Néanmoins, je ne me suis jamais senti contraint par la production. C'est dans ce cadre-là que j'ai réalisé La plage aux éléphants de mer, aux Kerguelen, et Les dernières girafes du Sahel, raconté par Tom Novembre, avec Philippe Barbeau au son. Puis j'ai travaillé comme chef opérateur sur les longs métrages de Jacques Perrin, puis sur Les animaux amoureux, de Laurent Charbonnier.

• Parallèlement à votre carrière, vous avez enseigné au sein de l'Iffcam…
Au départ, Dominique Brouard m'a sollicité pour un dépannage, et quinze ans après j'y étais encore ! J'assurais les stages caméra d'une semaine avec un autre encadrant, pour les élèves de première année, en Brenne ou sur l'île de Ré. Et j'étais tuteur pendant six mois sur l'écriture du film des étudiants de deuxième année, ainsi que sur la postproduction, le montage. Je suis ravi de voir que Marie Daniel a repris le flambeau de la direction de cette école, puisqu'elle figure parmi les premières élèves que j'ai suivies ! Place aux jeunes !

• Vous avez présidé le FIFO en 2006. Quel souvenir en avez-vous ?
Ce fut une très bonne expérience. J'ai le souvenir d'une tâche assez difficile, qui demande de la concentration et un travail de leader pour "tenir" l'équipe afin que tout le monde s'exprime. Pour le jugement final, je me souviens avoir imposé un vote à bulletin secret pour éviter toute influence. Je reviens cette fois avec un œil neuf !

• Comment avez-vous perçu l'évolution du métier depuis ?
Le métier évolue, mais il est difficile de savoir dans quelle direction. L'évolution qui m'intéresse le moins, c'est le choix de l'imprégnation et de la mise en scène dans les documentaires animaliers. À l'image, je sens tout de suite l'arnaque ! Au départ, je doutais de l'intérêt d'une école comme l'Iffcam. Aujourd'hui, je suis très satisfait des résultats, même si c'est un métier où l'on mange de la vache enragée au démarrage… C'est pourquoi j'ai insisté pour que la formation ne se limite pas au cinéma animalier pur et dur. Un travail de journaliste environnemental est également salutaire pour faire avancer la société.

• Justement, quel regard portez-vous sur l'état actuel de la planète ?
En tant que biologiste de formation et passionné de climatologie, je constate que les gens sont moins sensibles à la perte de la biodiversité qu'au changement climatique. Mon épouse est experte à l'IPBES* en tant qu'ethnobiologiste et l'évolution tragique que nous constatons m'inquiète énormément. Mon optimisme m'empêche toutefois de vivre dans la morosité absolue. Quand je me balade dans ma région, le Languedoc-Roussillon, je trouve qu'il y a encore une belle diversité. Il est difficile de ressentir pleinement le déclin de la biodiversité au fond de soi-même. Et je me rends compte que nos efforts demeurent insuffisants, que mon mode de vie est incompatible avec les exigences écologiques.

• Avez-vous des films fétiches ?
J'ai surtout une anecdote au sujet du FIFO. Lorsque j'étais président en 2006, deux films sortaient du lot pour le grand prix. Planet Earth – From pole to pole, de la BBC, et un film d'Anne et Erik Lapied, Juste après la neige, chef-d'œuvre absolu à petit budget réalisé par des orfèvres. Et ce sont eux qui ont décroché le Lirou d'or. Comme quoi, tout est possible : les moyens ne font pas tout !

Propos recueillis par Catherine Levesque-Lecointre.