PRÉSENTATION DU JURY 2018

 

MATHILDE LOUVEAU PRÉSIDENTE DU 34ème FESTIVAL

 

Monteuse et réalisatrice chez LCP, la société de production de Laurent Charbonnier, Mathilde Louveau présidera le jury du prochain Festival de Ménigoute.
 
• Que représente pour vous le Festival de Ménigoute ?
 
Je l'ai vu naître… même si je n'avais que 10 ans en 1985 ! Et j'y suis beaucoup allée. J'ai le souvenir, en salle de projection, que je notais les films ! J'avais même été déçue qu'un film de Laurent Charbonnier, que je connaissais, ait eu un prix au détriment de celui sur la Harfang des neiges. Plus près de nous, j'y suis retournée régulièrement avec mes enfants, en privilégiant les activités aux films. J'ai aussi fait une intervention sur la Web TV dans le cadre d'un intéressant débat sur la production des films animaliers. Pour moi, Ménigoute est un festival doté d'un bel esprit, propice aux rencontres. C'est génial que ça dure depuis 33 ans !
 
• Comment envisagez-vous votre rôle en tant que présidente du jury ?
 
Je suis ravie d'être dans le jury pour enfin voir tous les films ! Ça va être une nouvelle expérience que j'envisage comme un travail d'équipe, avec chacun sa sensibilité, sans connaître pour l'instant les autres membres du jury. Je ressens juste un peu d'appréhension quant à la quantité de films et à leur diversité en terme de budget, de format… Un film n'est pas forcément évident à apprécier dans la mesure où l'on doit à mon sens être emporté avant tout par son histoire et ses images. Mais j'imagine que l'état d'esprit sera convivial et participatif. Je devrai aussi veiller à ma déformation professionnelle et à mettre de côté mon regard très critique sur la qualité des images, les raccords de montage et sur le traitement de la bande son : sons, musiques et voix off.
 
• Vous êtes la cheville ouvrière de la société de production de Laurent Charbonnier, qui fête cette année 40 ans de cinéma animalier. Quels sont vos rôles ?
 
J'ai été son assistante par le passé, encore parfois aujourd'hui, mais je suis davantage dans le bureau, bien que j'apprécie les tournages. Je suis en quelque sorte la "mémoire des images" de Laurent, que j'archive méthodiquement pour pouvoir en réutiliser ponctuellement dans d'autres documentaires ou répondre à des demandes d'images d'archives. J'écris aussi des documentaires pour les chaînes et les sociétés de production. Et je monte les films de Laurent, qui intervient plus ou moins à ce stade compte tenu du rapport de confiance que nous avons instauré. Il visionne les séquences finalisées et parfois les films seulement à la fin, avec le producteur. Je sais toujours où il veut aller et il faut bien avouer qu'il me donne du "caviar" à monter, avec les plans de coupe, les raccords et uniquement des images nettes. C'est un bonheur ! Ce qui m'intéresse le plus dans ce travail, c'est la construction narrative. J'aime moins la partie technique des exports à réaliser pour la post-production.
• Quelles sont vos références ? Les films de Gérard Vienne, comme La Griffe et la dent, et de François Bel, comme L'Arche et les déluges. Plus récemment, Microcosmos, un conte en images vraiment novateur à l'époque, que j'ai vu et revu et que je trouve très apaisant. Et les films de Laurent bien sûr, les plus anciens car les plus personnels, comme Tant qu'il y aura des cerfs. J'ai une affection particulière pour Les Animaux amoureux, dont j'ai fait le making of, et pour Chasseur d'images, un portrait de Laurent réalisé pour Seasons, dans lequel différentes personnes s'expriment sur le travail de Laurent.
 
 
• Quelles sont les qualités d'un bon film animalier ?
 
Il faut qu'on soit transporté, que ça génère des émotions via les images, les sons et les commentaires, avec une belle image bien cadrée et nette. J'aime aussi apprendre quelque chose, mais sans surcharge de commentaire. Je suis sensible à l'angle et au traitement que choisit le réalisateur. Quand il s'agit d'une commande pour la télévision, le réalisateur est souvent contraint par le cahier des charges du producteur, qui exige souvent un maximum de commentaires. Ça donne des films parfois trop bavards, malheureusement. Dans un monde idéal, j'aimerais bien qu'on laisse les scènes dans leur longueur, juste dans la contemplation, pour que l'on perçoive l'âme du réalisateur dans les images. J'aime quand la passion d'un milieu ou d'un animal transparaît, comme dans les films des Lapied, et avec un esprit de transmission. Je m'étonne d'ailleurs chaque jour de la capacité d'émerveillement de Laurent : il s'arrête toujours pour regarder une buse !
 
 
Propos recueillis par Catherine Levesque.